Lettre #1 - Recommencer à écrire loin des algorithmes

Tout est bon pour écrire le mot « couillasse »

Courrier du Sensible
2 min ⋅ 04/02/2026

Je recommence cette newsletter après des années de silence.

Bon, quand je dis « silence » évidemment ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai écrit deux romans qui ont été publiés aux éditions M+, je me suis beaucoup exprimée sur Instagram, j’ai canardé le monde de mots.

Mais quels mots ?

Aujourd’hui j’ai envie de rouvrir ce canal de la lettre. Je la veux libre, loin des algorithmes qui emprisonnent et font écrire n’importe quoi à n’importe qui. Je la veux proche de mon coeur, de mes émotions, de ce qui me fait rire, pleurer ou vibrer.

Je la veux intime, fragile et mordante. Pour raconter les dingueries du monde sans détour. Pour panser et créer de nouveaux imaginaire. Sans chemins de traverse mielleux et superflus. Ce qu’on veut c’est du brut, pas de la couillasse molle bon-chic-bon-genre.

Voila j’ai écrit le mot couillasse au bout de quatre phrases, je suis contente. Vous pouvez considérer ces quelques lignes d’ouverture comme le manifeste de ce Courrier Du Sensible.

Je reprends le fil de ces lettres que je vous ai écrites depuis mes quinze ans. À l’époque j’étais un petit bout de femme aux cheveux indomptables et au coeur en friche, prêt à tomber amoureux à tous les coins de rue. Je voyageais seule pour la première fois, j’étais folle d’insouciance et folle d’incompréhension face au monde adulte qui s’ouvrait devant moi, menaçant comme le gouffre de Helm (les vrais savent).

Les voyages m’ont permis de tout expérimenter et de vous le raconter sans trop me brider. Ils ont mis des couleurs dans mes mots et m’ont forcée à tout réapprendre : l’humilité, la solitude, l’attente, l’ennui, les déceptions, la beauté brutale, l’éloignement, le temps long, les ruptures, la violence.

Je suis devenue Louve Givrée pour un temps, furieuse, prête à mordre les mondes que je traversais, à niaquer des mollets, à venger mes soeurs de coeur. J’ai ressenti de la colère à ne plus savoir qu’en faire. Je découvrais la patriarcat, l’isolement des vieux, l’injustice des mal logés, la violence faite aux enfants. Je me suis tout pris en pleine face et j’ai gratté des chroniques acérées comme mes crocs.

Cette première colère s’est apaisée, pour laisser place à une autre bien plus dévastatrice encore. Une rage absolue : celle de la femme devenue mère (à qui on n’avait jamais dit que c’était si dur). BORDEL ! J’y ai consacré un roman, qui m’a soulagée d’ailleurs. Mais le sujet est si vaste, si tabou, si mal venu dans ce monde dirigé par des teubs molles, que je le rouvrirai encore et encore, ici ou ailleurs.

Mais maintenant que je suis presque-vieille, un ovaire dans la pré-ménopause, les réseaux sociaux me fatiguent. Ils sont une source de stress, une bête affamée que je n’ai pas envie de nourrir. J’ai choisi de me retirer pour un temps. Et à nouveau la plume s’impose à moi. Comme une évidence, une vieille amie que j’avais snobée.

Je vous donne rendez-vous chaque mois ici, sur ce Courrier Du Sensible, pour kiffer un peu ensemble et utiliser le mot couillasse à tout bout de champ. Adieu ! Faites tourner à vos loved-ones.

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Courrier du Sensible

Par Soleyne Joubert

Je manie les mots pour rendre le monde plus doux.